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Carcinome du Cuir Chevelu : Signes et Traitement

Le carcinome basocellulaire du cuir chevelu est un cancer de la peau fréquent. Apprenez à reconnaître les signes d'alerte et les options de traitement.

Dr. Laurent Michaud, Dermatologue-Oncologue
26 janvier 2026 14 min de lecture

Mis à jour le 27 janvier 2026

Examen dermatologique du cuir chevelu pour dépistage de lésions cutanées

Consultation dermatologique pour examen du cuir chevelu

Le carcinome basocellulaire du cuir chevelu représente l’une des formes les plus fréquentes de cancer cutané affectant cette zone particulièrement exposée au soleil. Bien que généralement peu agressif et rarement métastatique, ce cancer nécessite une prise en charge précoce pour éviter une extension locale qui pourrait compliquer le traitement. Le cuir chevelu, souvent moins protégé que d’autres zones du corps, constitue un site privilégié de développement de ces tumeurs, particulièrement chez les personnes présentant une calvitie ou des cheveux clairsemés.

Dans ce guide médical complet, nous abordons les différents types de carcinomes pouvant affecter le cuir chevelu, les signes d’alerte qui doivent conduire à consulter, les méthodes diagnostiques utilisées par les dermatologues, ainsi que les options thérapeutiques disponibles. Ces informations visent à sensibiliser sur l’importance du dépistage précoce, facteur clé d’un traitement efficace et peu invasif.

Comprendre le carcinome basocellulaire

Le carcinome basocellulaire (CBC) est le cancer de la peau le plus fréquent, représentant environ 80% de tous les cancers cutanés. Selon l’Institut National du Cancer, on diagnostique chaque année en France plus de 80 000 nouveaux cas de carcinomes basocellulaires, un chiffre en augmentation constante.

Origine et mécanismes de développement

Le carcinome basocellulaire se développe à partir des cellules basales de l’épiderme, la couche la plus profonde de la peau. Ces cellules, normalement responsables du renouvellement cutané, subissent des mutations de leur ADN qui les font proliférer de manière incontrôlée.

Le facteur de risque principal est l’exposition cumulative aux rayons ultraviolets (UV), qu’ils proviennent du soleil ou de sources artificielles comme les cabines de bronzage. Le cuir chevelu est particulièrement vulnérable car il est exposé de manière verticale aux rayons solaires et souvent insuffisamment protégé. Les personnes atteintes de calvitie ou de cheveux clairsemés présentent un risque accru.

Les mutations génétiques induites par les UV s’accumulent au fil des années, ce qui explique que le carcinome basocellulaire apparaisse généralement après 50 ans, bien que des cas plus précoces soient observés chez les personnes fortement exposées ou présentant des facteurs de risque génétiques.

Les différentes formes cliniques

Le carcinome basocellulaire peut se présenter sous plusieurs formes, chacune ayant des caractéristiques visuelles distinctes :

Différentes formes cliniques de carcinome basocellulaire

  • CBC nodulaire : forme la plus fréquente (60% des cas), se présentant comme une papule ou un nodule perlé, translucide, avec des télangiectasies (petits vaisseaux visibles)
  • CBC superficiel : plaque érythémateuse légèrement squameuse, bien délimitée, à extension lente
  • CBC sclérodermiforme : plaque indurée, mal délimitée, d’aspect cicatriciel, plus difficile à traiter
  • CBC pigmenté : variante contenant de la mélanine, pouvant mimer un mélanome
  • CBC ulcéré : forme évoluée avec perte de substance centrale (ulcus rodens)

Au niveau du cuir chevelu, les formes nodulaires et superficielles sont les plus courantes. La présence de cheveux peut retarder la détection, d’où l’importance d’un examen régulier chez les personnes à risque.

Le carcinome épidermoïde du cuir chevelu

Moins fréquent que le basocellulaire mais potentiellement plus agressif, le carcinome épidermoïde (ou carcinome spinocellulaire) représente environ 15% des cancers cutanés. Sur le cuir chevelu, il mérite une attention particulière en raison de son potentiel métastatique.

Caractéristiques et facteurs de risque

Le carcinome épidermoïde se développe à partir des kératinocytes, les cellules qui constituent la majeure partie de l’épiderme. Comme le CBC, l’exposition aux UV constitue le principal facteur de risque, mais d’autres éléments peuvent favoriser son apparition :

  • Kératoses actiniques préexistantes (lésions précancéreuses)
  • Immunosuppression (transplantation d’organes, VIH)
  • Cicatrices chroniques ou plaies qui ne guérissent pas
  • Exposition à certains produits chimiques (arsenic, goudron)
  • Infection par certains types de papillomavirus humains

Le cuir chevelu exposé au soleil, particulièrement chez les personnes chauves, constitue un site à risque élevé. Les hommes sont plus fréquemment touchés que les femmes, probablement en raison de la prévalence plus importante de la calvitie masculine.

Évolution et pronostic

Contrairement au carcinome basocellulaire qui reste généralement localisé, le carcinome épidermoïde présente un risque de métastases ganglionnaires, puis à distance. Ce risque est accru pour les tumeurs de grande taille, les formes peu différenciées et les localisations à haut risque dont fait partie le cuir chevelu.

Le dépistage précoce est donc crucial : un carcinome épidermoïde de petite taille, traité rapidement, a un excellent pronostic avec un taux de guérison supérieur à 95%. En revanche, les formes avancées ou métastatiques nécessitent des traitements plus lourds.

Reconnaître les signes d’alerte

La détection précoce d’un carcinome du cuir chevelu repose sur l’identification de signes cliniques qui doivent alerter et conduire à une consultation dermatologique rapide.

La règle de la plaie qui ne guérit pas

L’un des signes les plus évocateurs est une plaie ou une croûte qui ne cicatrise pas malgré plusieurs semaines de soins locaux. Le cuir chevelu, souvent soumis à des traumatismes mineurs (grattage, brossage), peut présenter des lésions passagères, mais celles-ci cicatrisent normalement en 2 à 3 semaines.

Une lésion qui persiste au-delà de 4 semaines, qui saigne régulièrement sans traumatisme évident, ou qui forme une croûte récidivante après son détachement, doit impérativement être examinée par un dermatologue. Ce signe est souvent le premier à attirer l’attention, car il se manifeste lors du coiffage ou du shampoing.

Autres signes évocateurs

Selon la Skin Cancer Foundation, plusieurs autres signes doivent alerter :

  • Bosse ou nodule translucide de couleur rosée, nacrée ou blanchâtre
  • Zone plate, rose ou rougeâtre, légèrement squameuse
  • Lésion d’aspect cicatriciel sans antécédent de blessure à cet endroit
  • Nodule qui se creuse en son centre
  • Toute modification récente d’une lésion préexistante

Signes d'alerte d'une lésion suspecte sur le cuir chevelu

Au niveau du cuir chevelu, la détection est parfois retardée par la présence des cheveux. L’auto-examen régulier, facilité par un miroir ou l’aide d’un proche, est recommandé, particulièrement pour les personnes présentant des facteurs de risque.

Diagnostic du carcinome du cuir chevelu

Le diagnostic d’un carcinome cutané repose sur l’examen clinique suivi d’une confirmation histologique par biopsie. Cette démarche rigoureuse permet d’adapter le traitement au type exact de tumeur.

Examen clinique spécialisé

Le dermatologue procède à un examen complet du cuir chevelu, facilité par l’utilisation d’un dermoscope, appareil grossissant muni d’un éclairage permettant de visualiser les structures cutanées. La dermoscopie révèle des critères spécifiques orientant vers tel ou tel type de tumeur :

  • Télangiectasies arborescentes dans le CBC nodulaire
  • Structures en feuille d’érable dans le CBC pigmenté
  • Zones blanchâtres sans structure dans le CBC sclérodermiforme
  • Kératine et vaisseaux en points/globules dans le carcinome épidermoïde

Cet examen non invasif permet de repérer des lésions suspectes parfois invisibles à l’œil nu et d’orienter la biopsie vers les zones les plus informatives.

Biopsie et analyse histologique

La confirmation du diagnostic nécessite une biopsie cutanée, prélèvement d’un fragment de la lésion suspecte pour analyse au microscope. Plusieurs techniques sont possibles :

  • Biopsie-punch : prélèvement cylindrique de 3 à 4 mm de diamètre
  • Biopsie incisionnelle : prélèvement d’une portion de la lésion
  • Biopsie-exérèse : ablation complète de la lésion avec examen anatomopathologique

L’analyse histologique précise le type de carcinome, son degré de différenciation et ses caractéristiques d’agressivité. Ces informations sont essentielles pour planifier le traitement optimal.

Options de traitement

Le traitement des carcinomes du cuir chevelu vise l’ablation complète de la tumeur avec des marges de sécurité suffisantes, tout en préservant au maximum l’aspect esthétique et la fonction du cuir chevelu.

Chirurgie d’exérèse classique

L’exérèse chirurgicale constitue le traitement de référence pour la plupart des carcinomes. Elle consiste à retirer la tumeur avec une marge de tissu sain périphérique pour garantir l’absence de cellules tumorales résiduelles.

Les marges recommandées varient selon le type de tumeur. Pour un CBC bien délimité, une marge de 3 à 4 mm est généralement suffisante. Pour un carcinome épidermoïde ou un CBC sclérodermiforme, des marges de 6 à 10 mm peuvent être nécessaires.

Sur le cuir chevelu, la fermeture de la perte de substance peut nécessiter des techniques de chirurgie plastique : suture directe pour les petits défects, lambeaux locaux pour les défects moyens, ou greffe de peau pour les grandes pertes de substance.

Chirurgie de Mohs

Pour les tumeurs récidivantes, mal délimitées ou situées dans des zones critiques, la chirurgie micrographique de Mohs offre les meilleurs taux de guérison. Cette technique consiste à retirer la tumeur par couches successives, chaque couche étant immédiatement examinée au microscope pour vérifier la présence de cellules tumorales sur les berges.

Le processus est répété jusqu’à obtention de berges saines sur toute la périphérie. Cette méthode permet d’épargner un maximum de tissu sain tout en garantissant une exérèse complète, avec des taux de guérison supérieurs à 99% pour les CBC primaires.

Traitements non chirurgicaux

Dans certaines situations, des alternatives à la chirurgie peuvent être proposées :

  • Cryothérapie : destruction par le froid, réservée aux petits CBC superficiels
  • Imiquimod (Aldara) : crème immunomodulatrice efficace sur les CBC superficiels
  • Photothérapie dynamique : traitement par la lumière après application d’un photosensibilisant
  • Radiothérapie : réservée aux patients inopérables ou aux localisations difficiles

Ces options sont généralement moins efficaces que la chirurgie mais peuvent convenir à des patients fragiles ou pour des tumeurs superficielles multiples.

Prévention des carcinomes du cuir chevelu

La prévention repose principalement sur la protection contre les rayons UV, particulièrement importante au niveau du cuir chevelu souvent négligé.

Protection solaire adaptée

Pour protéger efficacement le cuir chevelu :

  • Porter un chapeau à large bord lors des expositions solaires
  • Appliquer un écran solaire spécifique pour le cuir chevelu (spray ou brume)
  • Éviter l’exposition aux heures de forte intensité UV (11h-16h)
  • Attention particulière pour les personnes chauves ou aux cheveux clairsemés

Les personnes ayant des antécédents de carcinome cutané doivent redoubler de vigilance et adopter une photoprotection rigoureuse au quotidien, pas uniquement lors des vacances estivales.

Surveillance régulière

Un suivi dermatologique régulier est recommandé pour les personnes à risque. La fréquence des consultations dépend du niveau de risque individuel :

  • Antécédent de carcinome cutané : tous les 6 à 12 mois
  • Nombreuses kératoses actiniques : tous les 6 à 12 mois
  • Immunosuppression : tous les 3 à 6 mois
  • Absence de facteur de risque particulier : tous les 1 à 2 ans

Entre les consultations, l’auto-surveillance permet de détecter précocement d’éventuelles lésions suspectes. L’aide d’un proche pour examiner le cuir chevelu facilite cette surveillance.

Questions fréquentes

Un carcinome du cuir chevelu peut-il provoquer une chute de cheveux ?

Le carcinome lui-même ne provoque pas de chute de cheveux étendue, mais il peut détruire localement les follicules pileux au niveau de la tumeur. Après traitement chirurgical, une zone alopécique cicatricielle peut persister. Les techniques de reconstruction, incluant les greffes de cheveux, peuvent parfois améliorer l’aspect esthétique.

Un carcinome basocellulaire est-il dangereux ?

Le carcinome basocellulaire est considéré comme un cancer à faible malignité : il ne métastase qu’exceptionnellement (moins de 0,1% des cas). Cependant, sans traitement, il continue de croître et peut envahir les structures profondes, d’où l’importance d’un traitement précoce.

Peut-on confondre un carcinome avec une autre lésion ?

Oui, plusieurs lésions bénignes peuvent ressembler à un carcinome : kératose séborrhéique, angiome, verrue, kyste épidermique. C’est pourquoi seul un dermatologue peut établir un diagnostic fiable, au besoin confirmé par une biopsie.

Les carcinomes du cuir chevelu récidivent-ils souvent ?

Avec un traitement adapté, les taux de récidive sont faibles : moins de 5% pour une exérèse chirurgicale standard, moins de 1% pour la chirurgie de Mohs. Cependant, une personne ayant eu un carcinome présente un risque accru de développer d’autres tumeurs, d’où l’importance du suivi régulier.

Conclusion

Le carcinome du cuir chevelu, qu’il soit basocellulaire ou épidermoïde, représente une affection fréquente dont le pronostic est excellent lorsque la prise en charge est précoce. La connaissance des signes d’alerte, notamment la plaie qui ne cicatrise pas, permet de consulter rapidement et de bénéficier d’un traitement simple et efficace.

La prévention, basée sur la photoprotection et la surveillance régulière, reste le meilleur moyen de limiter le risque de développer ces tumeurs. Les personnes présentant une calvitie ou des cheveux clairsemés doivent être particulièrement vigilantes et protéger systématiquement leur cuir chevelu du soleil.

Avertissement médical : Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace en aucun cas une consultation médicale. Si vous présentez une lésion suspecte du cuir chevelu, consultez rapidement un dermatologue pour un diagnostic et une prise en charge adaptés. Pour plus d’informations, consultez le site Dermato-info.

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